Elle a toujours inspiré les innovateurs et a encore beaucoup à nous apprendre. La nature est le produit d’une évolution millénaire, un formidable laboratoire R&D. Le biomimétisme tente d’en comprendre les stratégies et les modèles pour en tirer le meilleur. Que signifie ce concept qui a tout d’un buzzword et surtout, comment s’applique-t-il au design d’expérience ? Tentative de réponse.

Biomimétisme : deux définitions

S’il est particulièrement d’actualité, le concept n’est pas neuf. Née dans les années 1960, la notion de biomimétisme, pour le dire simplement, c’est « l’innovation inspirée par la nature ». Sa définition n’est pas figée et deux approches issues des deux acceptions anglo-saxonnes du terme viennent nuancer sa signification : biomimicry et biomimetism.

Dans le premier cas l’objectif serait le développement de solutions durables aux problèmes complexes de l’humanité en s’appuyant sur les modèles éprouvés par la nature. La technologie et la conception d’un produit viable économiquement n’étant ici qu’un moyen de parvenir à ces solutions.

Dans le second cas, innovation technologique, scientifique, succès commercial et financier sont recherchés en priorité. Là, c’est l’imitation de la nature qui est le moyen d’aboutir à des avancées technologiques radicales, voire de rupture.

On retiendra que la résolution de problèmes et le caractère durable des solutions sont au cœur de ces approches. Et dans ce cadre, quelle meilleure source d’inspiration que la nature, véritable laboratoire R&D à l’œuvre depuis plusieurs milliards d’années ?

Le biomimétisme emprunte à l’esthétique et à la fonctionnalité du vivant

Parmi les exemples les plus emblématiques des réalisations bio-inspirées, on se souvient des plans de machines volantes de Léonard de Vinci dont l’ornithoptère aux allures de chauve-souris, du Shinkansen, le train à grande vitesse japonais fuselé comme le bec du martin-pêcheur, ou encore des combinaisons de natation inspirées de la structure unique de la peau de requin.

Autre secteur, autre innovation, le Seagate building : centre commercial situé à Harare au Zimbabwe dont la structure imitant celle d’une termitière permet la ventilation passive du bâtiment et la réduction de la consommation énergétique qui va avec. Dans la plupart des cas l’approche biomimétique revient à appliquer les stratégies et modèles élaborés par la nature en vue de gains de performance, qu’ils soient énergétiques, économiques, fonctionnels, de durabilité, etc.

Et comme dans tout projet de conception, l’esthétique est capitale. Les formes naturellement présentes dans notre environnement offrent une source d’inspiration presque sans limite aux designers. Goutte d’eau, spirale de coquillage, réseaux végétaux, symétrie comme asymétrie du vivant sont autant de modèles reproductibles nourrissant la créativité.

La psychologie cognitive, biomimétisme du web ?

Le biomimétisme est aujourd’hui largement utilisé dans la création d’objets et de produits matériels. Qu’en est-il du digital ? La question reste ouverte car cet environnement qui n’est pas borné par le monde physique répond à sa propre logique, façonnée par celles et ceux qui font le web. Une logique humaine qu’on pourrait trop vite considérer comme n’étant pas « naturelle ».

La réponse est sûrement à trouver du côté des comportements humains et de la dimension cognitive liés à l’usage d’une interface. Prenez l’exemple de la conception d’un bouton CTA (call to action) pensé pour attirer l’œil de l’internaute sur une page web. Forme distincte, jeu de couleurs et images attractives sont autant de leviers pour susciter l’attention et déclencher l’action de l’utilisateur. Cette approche est-elle fondamentalement différente de la stratégie de l’oiseau qui, en période de reproduction, se différencie de ses rivaux par la couleur et la beauté de son plumage ?

Et si le biomimétisme en matière d’expérience numérique consistait à s’aligner sur le fonctionnement du cerveau ? L’intelligence artificielle qui vise à une meilleure compréhension de la logique de l’utilisateur pour adapter les réponses en temps réel en est un bon exemple. C’est tout l’enjeu du web dit conversationnel, buzzword du moment qui n’en est pas moins pertinent. Les chatbots qui pullulent sur les sites et applications mobiles fondent en effet l’interaction sur le langage naturel.

La navigation « au scroll » s’est imposée sur de nombreux sites web ces dernières années. Plus fluide et rapide que la navigation « au clic », elle est aussi plus intuitive. L’utilisateur de smartphone est désormais habitué à parcourir le web mobile d’un geste de la main, du bout des doigts, de haut en bas. En somme, il fait « glisser » le contenu comme s’il le déplaçait physiquement. Un réflexe qui a tout de naturel.

Le champ de la psychologie cognitive permet de proposer des expériences plus intuitives, plus évidentes, et donc plus « naturelles » pour l’utilisateur. C’est une composante importante de l’UX design comme il est pratiqué aujourd’hui. Alors oui, parce qu’ils s’inspirent aussi de nos réflexes naturels et instinctifs, il est possible de dire que l’UX et l’UI ont une dimension biomimétique.

La discipline n’a pas fini d’évoluer. Elle innove et affine ses stratégies à la recherche de solutions toujours plus adaptées et à l’efficacité durable. À l’image de la nature…

 

PS : Internet lui-même est plus ou moins justement qualifié d’écosystème. Un terme dont il est utile de rappeler ici la définition (d’après le dictionnaire Larousse) : « système formé par un environnement et par l’ensemble des espèces qui y vivent, s’y nourrissent et s’y reproduisent ».

 

Article rédigé par Julien François
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