Project 27-02 First experiments & researches

Journal de bord 02. Nous sommes le 31 octobre 2017, il est 18h et je me rends compte que l’heure est grave… Nous sommes envahis !

27 : C’est le pourcentage de gens qui avouent répondre au téléphone alors qu’ils sont déjà en discussion avec quelqu’un d’autre…

Sérieusement… Qui ne l’a jamais subit ou fait subir à son entourage? Personnellement, un de mes amis me fait le coup régulièrement en écrivant des textos pendant que je lui raconte mes histoires. Un petit rire à une de mes aventures puis je me rends compte que ses sourires ne sont plus synchronisés à mes paroles.
Il est pas mal le monologue… C’est tellement frustrant !

 

L’attaque a déjà commencé !

Le développement des technologies et le marché du smartphone explosant, il est difficile d’en réchapper.
Toujours plus de puissance, toujours plus de capacités, pourtant, ces dernières années, nous avons pu constater le développement d’effets indésirables sur notre vie, mais surtout sur la relation que nous entretenons avec le monde qui nous entoure. Notre qualité d’attention est sapée par nos téléphones et ces notifications ou autres tentations souvent hors de propos.

En effet, plusieurs phénomènes étranges sont apparus ces dernières années… Un peu partout dans le monde nous avons pu observer plusieurs vagues de smombies se déplaçant en grand nombre, des phubber envahissant les cafés ou encore une hausse importante de personnes souffrant de nomophobie.

A dire vrai, ce n’est pas ça qui m’a le plus surprise, mais plutôt l’apparition de ces néologismes pour qualifier les effets néfastes que peuvent avoir les écrans sur notre vie (mentale?). On a donc mené l’enquête et avons trouvé les définitions de ces nouveaux termes, qui malheureusement, semblent nous qualifier (presque) tous.

  • Smombie : désigne un piéton ayant les yeux rivés à son téléphone mobile au point de négliger son environnement immédiat et ne pas appréhender l’attention requise pour sa propre sécurité et celle des autres.  Vous en avez forcément déjà croisé quelques uns.
  • Phubbing : acte d’ignorer des personnes physiquement présentes en consultant son téléphone plutôt que de communiquer avec elles. Une très belle infographie nous rapporte d’ailleurs pas mal de chiffres sur ce phénomène qui a envahit notre quotidien dès la sortie du premier iPhone en 2007 !!
  • Nomophobie (ou Fear of missing out?—?FOMO) : phobie liée à la peur excessive d’être séparé de son téléphone mobile. On a tous un ami dans notre entourage qui en souffre.

Comment nos comportements ont-ils pu changer au point de leur mettre une étiquette, inexistante jusque là ? Comment corriger ce que la technologie nous fait ?
C’est ce que nous avons tenté de comprendre, mes acolytes et moi, en commençant par analyser nos propres comportements.

 

Identifions nos envahisseurs

221. C’est le nombre de fois que nous regardons notre téléphone en moyenne par jour, soit environ 3h16 !

Ok… Nous utilisons beaucoup trop nos périphériques connectés (smartphone, tablette, etc.) mais pourquoi ?
Oui parce que, qu’on se le dise, on ne reste pas 3h16 par jour en conversation téléphonique avec notre maman ! *quoi que ça puisse arriver…parfois*
J’admets que si on parle des textos, on peut vite faire exploser le quota.
Mais en soit, c’est une communication qui nous est aujourd’hui indispensable et tellement pratique.

 

 

Bon, j’ai toujours mon hibou planqué dans le placard sous l’escalier en cas de rupture des réseaux de communication…
bien oui, quoi ?

 

Ce ne sont pas tant les moyens de communication standards qui nous rendent addict, que l’outil en lui même. Non, c’est surtout ce qu’on y trouve à l’intérieur. Ce sont toutes ces applications (que NOUS installons) qui nous grignotent notre précieux temps. 

 

QualityTime vous offre la possibilité d’analyser en profondeur l’utilisation que vous faites de votre téléphone.

 

Avec l’aide d’applications “détox” disponibles sur les stores, nous avons pu analyser la manière dont nous consommons nos téléphones. Nous en sommes conscients : leur sur-utilisation a forcément des répercussions, bonnes ou mauvaises, sur notre organisation, nos rapports humains et notre santé.

 

Loïc s’est prêté au jeu le temps d’un week-end

Il a installé l’application Quality time (exclusivement sur Android) et a continué à utiliser son téléphone comme à son habitude. Ces statistiques nous questionnent sur l’objectif de ces applications : nous rendent-elles vraiment heureux ? Nous permettent-elles d’être plus productifs ? Pas sûr !

C’est d’ailleurs ce que nous explique Adam Alter, professeur de psychologie et de marketing à la New York University, lors de son TED Talk “Why our screens make us less happy?” en avril dernier. Vous pouvez également lire l’article détaillé “Adam Alter : « Les écrans nous rendent malheureux »” d’Annabelle Laurent pour usbeketrica.com.

 

 

“Les écrans ont grignoté petit à petit notre temps libre, jusqu’à le laisser à l’étroit dans une toute petite boîte jaune.”

Pour nous aider à comprendre, il a réalisé le graphique ci-dessous qui représente, sur 10 ans, l’évolution de l’utilisation de notre temps sur 24 heures.

 

“Les écrans ont grignoté petit à petit notre temps libre, jusqu’à le laisser à l’étroit dans une toute petite boîte jaune.”

 

Et vous l’aurez deviné, le blanc, c’est notre temps libre et le rouge, les écrans qui s’en emparent.
Donc oui, si on considère les écrans et applications néfastes et que l’on regarde au fil des années, on a plus beaucoup de temps libre rien qu’à nous.
Mais si au contraire, l’utilisation de mon téléphone me procure du plaisir ? La petite boîte jaune n’a pas raison d’être et notre temps libre ne subirait aucun changement.

C’est pourquoi Adam a réalisé un découpage des applications que nous utilisons : celles qui nous rendent heureux ; applis de relaxation, météo, santé, lecture et éducation ; et celles qui nous rendent malheureux ; applis de rencontre, réseaux sociaux, jeux, infos et navigation sur Internet.

 

 

Personnellement, je ne me sens pas malheureuse quand je joue à Mario Run. Pas sur le moment non.

Mais quand je me rend compte que ça fait plus de 10 fois que je recommence un niveau juste pour avoir un maximum de pièces et que je viens d’y passer 40 min…là j’ai la haine contre moi même. Parce que 40 min c’est 6km de course à pied. 40 min c’est l’occasion de planifier sa semaine ou préparer le repas du soir. Ce n’est pas parce que ces applications sont mauvaises ou mal faites qu’elles nous font du mal. Non, c’est justement parce qu’elles sont bien pensées avec leur “infinite scroll” comme Facebook ou Instagram et qu’elles n’ont pas de bouton “STOP”.

 

Ceux qui tirent les ficelles…

Toutes ses applications qui nous rendent accros n’existeraient pas sans interfaces. Et les interfaces n’existeraient pas sans … les designers.
Plus j’avance dans mes recherches plus je me rends compte que ce que nous voulons combattre à travers ce projet est en partie à cause de notre (super) travail. Car oui, nous créons des interfaces et notre but est de les rendre accessibles à tous et de faire en sorte que l’utilisateur, derrière son écran, s’engage sur le long terme. Mais il y a différentes limites à cet engagement. Et certains, comme Facebook, en sont arrivés où l’engagement est tel qu’il est devenu presque impossible de stopper le défilement, voir devenu une dépendance. C’est ce qu’on appelle les “dark patterns” ou le “dark UX”.

C’est un gros sujet, et nous avons tout un programme là dessus pour justement, identifier ce côté obscur du design et se l’approprier pour inverser la tendance et tenter une détox digitale de masse.

L’article ci-après d’Anne Quito sur le sujet pour Quartz Media, est très bien construit et les exemples donnés y sont très parlant. C’est une bonne introduction en attendant notre retour sur ce sujet.

Designers are using « dark UX » to turn you into a sleep-deprived internet addict
Last week, Facebook rolled out an update to the design of its News Feed. The design tweaks-near imperceptible pixel…qz.com

 

Utilisons notre savoir faire pour combattre au mieux cette invasion !

6 : C’est le pourcentage de la population mondiale souffrant d’une addiction à internet, selon une étude de 2014 menée sur 89 000 individus venant de 31 pays différents par le Cyberpsychology, Behavior and Social Networking.

“La dépendance à Internet est associée à une mauvaise santé et l’obésité, l’isolement social et même des dommages au cerveau, et l’Institut national américain de la santé classe la dépendance à Internet comme un désordre social qui provoque « des complications neurologiques, des troubles psychologiques et des problèmes sociaux.”

Il est donc important que nous utilisions, en tant que designer, notre savoir faire et nos compétences, afin d’améliorer la qualité de vie du monde qui nous entoure.
Pour cela, nous devons trouver des solutions qui l’amènent, sans le brusquer, à prendre conscience de l’impact néfaste des smartphones sur notre vie sociale, professionnelle et personnelle et notre santé physique et mentale.

 

Next steps

Nous avons réalisé un guide d’animation et commencé à passer des entretiens utilisateurs afin de récolter un maximum de matières pour la suite de notre projet. Au fur et à mesure de nos recherches, nous commençons à entrevoir quelques pistes (la plupart déjà réalisées) qui nous permettraient d’avancer et à terme, prototyper et tester rapidement.

Nous avons également eu la chance de rencontrer Toke Stub Barter lors de notre dernier Talk Design chez Axance le 26 octobre dernier.

 

 Beasts of Burden est une application qui vous aide à identifier les pressions cachées au travail et à développer des habitudes qui mènent à une vie professionnelle plus heureuse.

Il nous a présenté sa prochaine application BeastsofBurden.co et expliqué comment l’utilisation de la mécanique du jeu, de l’émotion et de l’humour comme des langues universelles engagent et motivent les gens à travers le monde.
Son intervention nous a inspirée et nous a permis d’identifier quelques idées. Un article sur son intervention sera bientôt publié 🙂

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*si ça c’est pas de l’incitation à l’addiction, je sais pas ce que c’est!*

Article rédigé par Angélique Schlick, UX Designer chez Axance.
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Les autres talents de l’équipe : @Loic_Vieira_UX – @joelleChng – Elsa Bouladoux