Une nouvelle expérience d’immersion totale, une nouvelle manière de partager sa vie, un pas de plus vers l’homme augmenté, ou juste une tendance ? Glissons-nous derrière les lunettes noires et jaunes pour y voir si Snapchat arrivera à toucher sa cible et faire évoluer les comportements. Autopsie des lunettes Spectacles.

Je commence l’article par une petite présentation du type d’utilisateur que je suis : je n’ai pas Snapchat sur mon téléphone, je passe du temps sur Instagram pour une ou deux diffusions par semaine grand maximum et je tweet régulièrement.

Tout ce que j’entends de Snapchat est négatif : l’utilisation est tordue, l’application cartonne chez les « djeunz » qui ont désertés Facebook depuis que leurs parents s’y sont installés.

Je découvre donc des lunettes et c’est mon cerveau cortical droit d’explorateur qui me pousse à en savoir plus. Je vais donc tenter d’être d’une neutralité à toute épreuve. Le but de cet article est ni de casser du sucre sur Snapchat, ni d’en faire l’éloge : je teste, je vois le résultat, je vais, mesdames et messieurs, pour la première fois, sous vos yeux ébahis, être l’utilisateur de mon propre test utilisateur !

Ça y est ! J’ai la boîte à lunette en main : une grosse boîte jaune triangulaire avec un logo qui me fait penser à un Minion
Un format original, un jaune fidèle à la marque. En terme de direction artistique, je trouve le design intéressant à plusieurs points de vue : une boîte différenciante, et des lunettes à l’intérieur qui se rechargent. Et oui, la boîte contient une batterie avec un petit indicateur du carburant restant.

Petit bémol, le boîtier se recharge et recharge les lunettes avec un câble… pas USB.

Je découvre maintenant les lunettes : sympa, tout en courbe et en rondeur, une finition soignée, lunettes noires avec un petit effet de transparence sur les branches. Là où Snapchat renvoie à une image d’app gadget, les lunettes envoient un autre message, plus pro, plus qualitative. Je m’attendais à des lunettes vraiment basic en plastique comme celles qu’on avait étant gamin…

On est sur un produit un peu plus fini, la forme a été travaillé, des petites gommes au niveau du nez pour le confort, les caméras et micro ne sont pas gênants(es).

Un petit clignotement lumineux m’indiquent que les lunettes reprennent un peu d’énergie avant le show. En fait quand j’ai pensé lunette Snapchat, je m’attendais plus à des lunettes comme ça…

Quoique… vous me direz qu’on en est pas loin…

 

Découverte de l’app, et connexion


J’ai les lunettes sur le nez, elles sont chargées, je m’attaque à l’application car j’imagine qu’on doit les connecter à l’application. Là aussi je ne sais pas à quoi m’attendre. J’imagine que je peux filmer et envoyer les vidéos directement via l’application ?
Bref je télécharge l’application, je m’inscris et là, je suis choqué par deux choses : inscription longue et interface vraiment loin d’être évidente à comprendre. Je comprends les avis négatifs sur l’app que j’ai pu entendre. Deuxième choc : j’ai tellement de potes présents sur l’app ! Ils ont tous glissé dans le tourbillon jaune ! (j’en cite certains : “c’est pour les gamins Snapchat”… bin voyons..)

Je cherche un menu avec des paramètres, que je trouve facilement, j’appaire les lunettes, je mets le bluetooth.
Tentative 1 : fail total.
Tentative 2 : lunettes reconnues, je suis invité à nommer mes lunettes. Comme je suis quelqu’un de vraiment créatif…
J’ai un peu d’attente… bon… fail… déconnecté.
Tentative 3 : re-fail. Les lunettes ne sont pas reconnues.
Tentative 4 : lunettes reconnues, appairage réussi.

Je découvre un tuto animé kitsch à souhait avec des éléments en 3D qui me font penser aux sombres heures de microsoft (d’une manière générale, on voit apparaître de temps en temps des éléments en 3D dans l’application, ce qui jure sérieusement avec le reste de l’application).

Je retourne dans les paramètres pour voir les informations proposées : batterie, options, etc. Ok cool.

 

 

3… 2… 1…

Allé, je commence à jouer avec les lunettes. Je me balade avec un peu partout : chez mon client chez qui je suis en mission, dans les rues, dans le métro, dans les locaux d’Axance, dans les salles d’attente, magasins, en courant le soir, bref partout. 

Il suffit juste d’appuyer sur un petit bouton placé sur la branche de gauche. Lorsque les lunettes filment, la caméra s’entourent de voyant lumineux, et clignotent au bout de 8 secondes. Ayant les lunettes sur le nez, le voyant est également visible de mon côté. Le clignotement m’indique que la vidéo s’arrête dans quelques secondes. Je suis averti quand ça ne filme plus. Au niveau feedback du côté de celui qui filme et de ceux qui sont filmés, tout est ok.

Première utilisation : je filme tout ce qui me passe par la tête. Je n’ai pas encore été sur l’application, j’ai filmé à peu près 40 vidéos. Je n’ai aucune idée de ce que je vais trouver sur l’application, je ne sais pas non plus si les vidéos ont été diffusées, et à qui. Pour l’instant je m’amuse avec.

Petite limite ou plutôt grosse limite pour moi : ce sont donc des lunettes de soleil. Donc pour faire mes vidéos de Paris by night, je n’y voyais rien du tout. Une limite un peu plus personnelle : je suis myope. C’est une réalité. J’ai dû superposé mes lunettes de vue pour essayer d’y voir quelque chose.

Je ne connais pas la cible que Snapchat, mais si ce sont des jeunes, il faut savoir que les jeunes sont de plus en plus myope de par l’utilisation d’écrans de toute sorte de plus en plus jeune, et les vieux comme moi, se tournent gentiment vers la myopie par usure du temps et de l’érosion (ok, je peux aussi aller me chercher des lentilles).

 

 


Le soir même, je retourne sur l’application. Là, c’est le trou noir et jaune : où sont mes vidéos ??
Dans Stories ? Je vois une icône “My Story”. Je clic. Non ce n’est pas par là. Comment vais-je sortir de là… J’essaie toutes les icônes, comme il n’y a aucune croix ou bouton-retour visible. Je réussi à retourner sur la page d’avant. Icône en haut ? Non c’est le profil. L’icône du milieu ? Je démarre une Story… J’ai une croix pour fermer, je retourne sur la page principale, je vois un petit rond en bas, ohhhhhhh mes vidéos, enfin !!

Je découvre ce que les lunettes ont filmé, l’état de mes lunettes : nom, batterie. J’ai un check en haut, je clic. Il me propose de sélectionner les vidéos pour les diffuser. Je peux donc diffuser toutes les vidéos que j’ai filmé aujourd’hui.

Pour l’instant ça ne m’intéresse pas, je ne les ai pas encore consultées. Je vois que je suis sur un onglet “SPECS” et à côté “Camera Roll”. Je ne vois pas pourquoi je peux accéder aux photos et vidéos de mon téléphone ici. Selon moi ça n’a rien à faire ici, je suis sensé être dans une partie de l’application réservée aux lunettes.

 

Consultation des vidéos

Je vois la première vidéo en boucle avec un petit “edit & send » en bas. Je m’attendais à voir une galerie de toutes les vidéos. Bref je clic sur le bouton “edit & send”.Ah bin la voilà justement. J’arrive sur la liste des vidéos, avec un petit menu pour les supprimer, partager, rajouter des filtres / icônes dessus. J’ai un superbe menu burger en haut qui me propose des actions : partager la Storie, accéder à une galerie avec toutes mes vidéos, renommer l’histoire, etc. Je ferme le menu, j’ai mal à la tête à force de voir des informations partout. Je prends la première vidéo et je souhaite la diffuser. J’ai le choix de diffuser à qui je veux : public ou les contacts de mon répertoire. Je rejoins la fonctionnalité de partage classique.

C’est diffusé ! Mais je ne m’arrête pas en si bon chemin, je spam les copains de mes supers Stories.
Je vois un petit « GET HD » cliquable : je peux donc récupérer mes vidéos en HD ! C’est parti, je dois avant tout me connecter en WiFi aux lunettes. Je paramètre mon WiFi et je récupère les vidéos en HD, c’est bluffant : rapide et fluide. J’ai une loupe tout en haut qui m’intrigue. Je vois que Snapchat a automatiquement rangé mes vidéos par thèmes. People quand on voit des gens sur les vidéos, Office quand il détecte des ordinateurs (et des hommes en costumes j’imagine). Food quand il détecte des burgers, et le reste : Skate et Independance Day… Là je ne vois pas trop le rapport. Je ne fais pas de skate et et je ne me suis pas battu contre des aliens depuis plusieurs années maintenant.
Je retourne donc sur la fenêtre principale.

 

Comportement et usage en société

Mon travail de designer me rattrape : je m’interroge sur le regard des autres, sur le fait de filmer n’importe qui n’importe quand de manière plus camouflé qu’avec un smartphone.
Je remarque déjà que les gens me prennent pour un taré avec une monture cosmique comme celle là (ce qui ne change pas vraiment de d’habitude), malgré leur sobriété. Ils remarquent souvent que quelque chose change de d’habitude : Elles font quoi tes lunettes ? Elles filment ?

Certains sont pas trop d’accord pour être filmé, d’autres délirent devant. Donc les comportements s’adaptent au port des lunettes de la même manière que les comportements s’adaptent à la caméra de télévision. Je suis donc différent avec ces lunettes, je me fais remarquer. J’imagine que c’est aussi voulu afin de valoriser certains utilisateurs qui cherchent la différenciation.


Real time


En tant qu’utilisateur je ne peux pas diffuser au fur et à mesure que je prends des vidéos, bémol car si je prends des lunettes pour filmer, je n’ai pas envie en plus d’utiliser mon smartphone pour les diffuser. Par exemple je vais dans un festival et je prends des vidéos dans la fosse. J’attends le soir pour tout diffuser, le côté instantané est un peu raté pour le coup. Je ne prendrai pas le risque de sortir mon téléphone en plein Wall of Death…

Je trouve ça un peu dommage. Dans un usage moins instantané j’ai essayé les lunettes en dessinant : j’ai récupéré la vidéo HD, je l’ai enregistré dans mon téléphone, je l’ai récupéré sur Instagram, je l’ai diffusé et tout est passé nickel. La même chose quand je suis en train de courir ou de jouer avec ma gamine.
Il y a quand même une double utilisation lunettes + application qui est quand même à prendre en compte.

 

En conclusion

Oui ! L’application est une catastrophe d’ergonomie, il est très facile de se perdre, j’ai perdu patience plusieurs fois et si ce n’était pas la volonté d’expérimenter jusqu’au bout j’aurai désinstallé l’application depuis longtemps. Donc une chose est sûre : je n’utiliserai plus l’application.

Les lunettes, pour un premier essai, c’est plutôt réussi : les lunettes filment et capturent le son plutôt proprement. Le côté fish-eye est particulièrement immersif et attrayant.

Donc beaucoup moins ambitieux que des Google Glass, les lunettes sont cohérentes avec l’application, c’est une extension qui a du sens. Le projet tient la route !
Par contre, pour un prix de 150€, je trouve l’investissement un peu fort étant donné que les composants ont dû coûter à peu près 10 euros en Chine et qu’au niveau monture, on est loin d’un design élaboré comme on peut le voir chez les lunetiers. J’aurai plus vu une paire autour de 50€.

Il se serait vendu quelques 100 000 paires de lunettes depuis le lancement. J’ai lu que les médias trouvent ça peu, je trouve que c’est déjà bien étant donné que c’est un nouvel usage, sur une niche (bien que ça me fasse penser à du grand public, je lance l’hypothèse que les utilisateurs de ces lunettes ont une personnalité plutôt extravertie)
Je le rappelle, je ne suis pas forcément la cible de ce genre d’objet et application. Je partage peu ma vie privée donc j’y trouve que moyennement de bénéfices compte tenu de tous les efforts que ça m’a demandé.

J’ai quand même bien rigolé avec, l’immersion des vidéos est appréciable.

 

Alors un gadget ?

Je réponds maintenant à LA question qu’on m’a posé chaque fois que je les avais sur le nez : j’ai été séduit au début de son utilisation, effet de découverte, de nouveauté. Quelques jours après avoir expérimenté, mon utilisation s’est essoufflée, pour totalement s’éteindre une bonne semaine après. Je n’avais plus le réflexe de les prendre avec moi, je n’y pensais même plus en fait.

Je vais donner ma définition du gadget pour faciliter ma perception des lunettes : quand l’objet ou l’application est ludique les premières minutes, et d’un coup on en a plus de souvenir, c’est qu’il est aussi vite utilisé aussi vite oublié.

Ça tourne au gadget car j’en ai pas du tout l’utilité et que je ne compte pas non plus me créer une communauté sur SnapchatDes limites comme le fait que ça soit des lunettes de soleil ne facilite pas non plus son insertion dans le quotidien. Une version pour les utiliser en intérieur s’imposerait peut-être plus facilement dans la vie de certains utilisateurs.

 

Projection

Pour finir, ça me rappelle l’épisode de Black Mirror où les gens se font implanter une puce qui leur permettent d’enregistrer tout ce qu’ils voient. Il doute de la fidélité de sa femme et se repasse toutes les séquences avec sa femme, les analyse, etc.

 

 

Article rédigé par Guillaume Baptiste, Designer UX/UI chez Axance.
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